La Controverse de Sion
par Douglas Reed
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Le climatère 2. L’État sioniste En ces années-là, le petit État improprement nommé « Israël » se révéla être quelque chose d’unique dans l’histoire. Il était gouverné, tout comme il fut conçu, installé et en grande partie peuplé, par des juifs non sémitiques de Russie, de la race des Khazars. Fondé sur une tradition tribale datant de l’Antiquité, avec laquelle ce peuple ne pouvait avoir aucun lien de sang imaginable, il développa un chauvinisme féroce basé sur l’application littérale de la Loi des Lévites dans l’ancienne Juda. Minuscule, il n’avait pas d’existence en propre et dès le début vécut seulement des richesses et des armes que ses puissants sympathisants des grands pays occidentaux pouvaient soutirer à leurs pays. Pendant ces années, il l’emporta sur les seigneurs de la guerre les plus belliqueux de l’Histoire, dans des paroles et des actions guerrières. Dirigé par des hommes de la même origine que ceux qui exerçaient la terreur en Pologne et en Hongrie, il menaça quotidiennement les sept peuples sémitiques voisins de la destruction et de l’asservissement prescrits pour eux dans le Deutéronome des Lévites. Il fit cela dans la croyance non dissimulée que son pouvoir dans les capitales occidentales était suffisant pour dissuader les gouvernements de ces pays de jamais contredire sa volonté, et pour ordonner leur soutien en toutes circonstances. Il se comportait comme si l’Amérique, en particulier, était sa colonie, et les actes de ce pays se conformaient à cette idée. À l’intérieur de ses frontières, ses lois contre la conversion et le mariage mixte étaient celles du ô combien cité Hitler ; au-delà de ses frontières s’étendait une horde d’Arabes indigents, qu’il avait repoussés dans le désert, et dont le nombre s’éleva, par les naissances, à presque un million au cours de ces huit ans. Par des massacres et des raids répétés, on rappela à ces populations, et à leurs hôtes involontaires, que le sort de Deir Yassin leur pendait au nez aussi : « détruis totalement, homme, femme et enfant, … ne laisse rien en vie qui respire ». Les pays occidentaux, ses créateurs, murmurèrent des reproches tout en lui envoyant de l’argent et les moyens nécessaires à la guerre qu’ils prétendaient craindre ; ainsi, comme Frankenstein, ils créèrent l’organisme destructeur qu’ils ne pouvaient contrôler. Fondé sur l’imagination, le petit État n’avait pas d’existence réelle, juste le pouvoir de répandre le malaise de par le monde - qui dès le moment de sa création n’eut aucun véritable moment de répit pour sortir de la peur. Il commença à accomplir les paroles de la Promesse ancienne : « À partir d’aujourd’hui, je répandrai la terreur et la crainte de toi parmi les peuples qui sont sous tous les cieux… [et qui] seront dans l’angoisse à cause de toi ». Abandonné à ses propres ressources, il se serait effondré, tout comme le « Foyer National juif » des années de l’entre-deux-guerres se serait effondré. L’envie puissante de le quitter une fois encore commença à surmonter l’envie puissante d’y entrer, et cela en dépit du pouvoir du chauvinisme, qui pendant un temps triomphe de presque toutes les autres impulsions chez ceux qui y cédent. En 1951, déjà, les départs auraient dépassé les arrivées, excepté que l’ « ouverture incroyable » mentionnée plus tôt (New York Herald Tribune, avril 1953) se fit alors « dans le Rideau de Fer » (où les ouvertures n’ont guère lieu, à moins d’être intentionnées ; l’État communiste révolutionnaire avait à l’évidence un but calculé en réapprovisionnant l’État sioniste révolutionnaire avec des habitants à cette période). Néanmoins, en 1952, 13 000 émigrés partirent et seulement 24 470 entrèrent, et en 1953 (la dernière année pour laquelle je possède des chiffres), l’émigration dépassa l’immigration, selon l’Agence juive. Un certain Dr Benjamin Avniel, prenant la parole à Jérusalem, dit au mois de juin que dans les cinq premiers mois, 8500 immigrants étaient arrivés et 25 000 personnes étaient parties. C’était l’évolution naturelle, si « Israël » était livrée à elle-même, car elle n’avait rien d’autre à offrir que le chauvinisme. Le portrait des conditions de vie sur le territoire est donné par les autorités juives. M. Moshé Smilanski (fort de soixante ans d’expérience en Palestine) écrivit dans la Jewish Review [NdT : la revue juive] de février 1952 : «Quand le mandat britannique a pris fin, le pays était riche. Les entrepôts alimentaires, privés et gouvernementaux, étaient pleins et il y avait un bon stock de matières premières. Le pays avait trente millions de livres à la Banque d’Angleterre, en plus de fonds britanniques et américains en grande quantité. La monnaie en circulation était d’environ trente millions de livres, qui avaient la même valeur que la livre sterling… Le gouvernement mandataire nous a laissé un héritage de valeur, le port profond d’Haïfa, deux digues à Jaffa et Tel Aviv, des chemins de fer, de nombreuses routes et des bâtiments gouvernementaux de qualité, des terrains d’aviation militaires et civils très bien équipés, des casernes militaires de qualité et les raffineries de Haïfa. Les Arabes qui ont fui ont laissé derrière eux environ cinq millions de dounams de terre cultivable, comprenant des vergers, des orangeraies, des oliveraies, des vignes et des arbres fruitiers, environ 75 000 maisons d’habitation en ville, dont certaines très élégantes, environ 75 000 magasins, usines et biens mobiliers, des meubles, des tapis, des bijoux, etc. Tout ceci représente de la richesse, et si nous, en Israël, sommes tombés dans la pauvreté, nous accusons l’excessive centralisation bureaucratique, la restriction de l’entreprise privée et la promesse d’un régime socialisant pour notre époque ». En avril 1953, M. Hurwitz du Parti révisionniste d’Israël parla, devant une audience juive à Johannesburg, de la « dégradation » de l’État sioniste. Il dit qu’il ne pouvait rester aveugle à cette situation alarmante :
On pourrait comparer ces deux citations (j’en ai de nombreuses autres d’une teneur similaire) venant de résidents juifs, à l’image de la vie en Israël que les populations occidentales recevaient de leurs hommes politiques. Un certain M. Clement Davies (leader du Parti libéral britannique - qui avait 401 sièges à la Chambre des communes en 1906, et 6 sous son leadership, en 1956), devant une audience juive à Tel Aviv, « salua les progrès en cours dans l’État juif, qui pour lui semblaient être un miracle de progrès le long de la voie de la restitution du pays à une terre où coulaient le lait et le miel » (publié dans le même journal juif que les remarques de M. Hurwitz). À la même période, M. Franklin D. Roosevelt Junior, en campagne électorale à New York (où « le vote juif » est considéré comme décisif) dit : « Israël est une parcelle de vie et d’espoir dans l’océan des populations arabes grouillantes. Elle « vend la liberté » pour le monde libre avec plus de succès que toute la propagande que nous avons pu envoyer des États-Unis d’Amérique ». M. Adlai Stevenson, faisant campagne pour la présidence de 1952, dit au public sioniste qu’ « Israël a accueilli parmi elle, à bras ouverts et chaleureusement, tout son peuple en recherche d’un refuge contre l’adversité… L’Amérique ferait bien de prendre exemple, concernant ses propres politiques d’immigration, sur la générosité de la nation d’Israël, et nous devons oeuvrer dans ce but » (la seule signification possible à cela est que le peuple américain devrait être chassé des États-Unis et qu’on devrait rendre leurs terres aux Indiens nordaméricains). Un autre aspirant à la présidence, un certain M. Stuart Symington, dit qu’« Israël est un exemple de la manière dont la détermination, le courage et l’action constructive peuvent finir par l’emporter, pour les idéaux démocratiques, au lieu d’abandonner le terrain à l’impérialisme soviétique » (à environ la même période, les professeurs de l’État israéliens étaient en train de chanter le Drapeau Rouge [l’hymne du parti travailliste - NdT] par décret gouvernemental, le Premier Mai, tandis que les politiciens de Washington et de Londres fulminaient contre « l’antisémitisme derrière le Rideau de Fer »). Face à l’inversion prolongée de la vérité par les hommes politiques de tous les partis d’Amérique et d’Angleterre, seules des protestations juives - comme dans les décennies précédentes - se firent entendre (pour la raison donnée auparavant, qui est que l’on empêcha efficacement les écrivains non-juifs de publier de telles protestations). M. William Zukerman écrivit:
Les protestations juives, c’était tout naturel, étaient suscitées par la crainte de l’effet du sionisme, en tant que générateur de discorde, sur les juifs. Cela n’était qu’un aspect infime du problème : le véritable danger du sionisme se trouvait dans sa capacité à diviser les nations du monde entre elles et à les amener à entrer en collision, catastrophe dans laquelle les grandes populations de l’humanité seraient impliquées dans une proportion de cent ou d’un millier pour chaque juif. Décrire cette évidente probabilité était une hérésie dans les années 1950, et les protestations non-juives restèrent impubliées, tandis que les protestations juives furent inefficaces. En 1953, le journal juif de New York, Commentary, fut ainsi en mesure d’annoncer que la catastrophe prévisible s’était rapprochée un peu plus, en ces termes : « La survie et la consolidation d’Israël sont devenues un élément définitif de la politique étrangère des États-Unis et aucun résultat ou changement électoral n’affecteront cela». Voilà, une fois encore, la mystérieuse référence à un pouvoir supérieur à tous les présidents, Premiers ministres et partis sur lesquels j’ai attiré l’attention plus haut. C’est ce que M. Léopold Amery, l’un des ministres britanniques responsables de la Palestine durant la période de l’entre-deux-guerres, dit un jour : La politique est fixée et ne peut changer. Le secret intime de toute l’affaire est contenu dans ces affirmations menaçantes, dans lesquelles l’accent d’autorité et de connaissance supérieure est clair. Elles sont laconiques, mais spécifiques et catégoriques, et expriment la certitude que l’Occident ne peut, et ne voudra se retirer du jeu de l’ambition sioniste en aucune circonstance. La certitude doit reposer sur quelque chose de plus solide que les menaces, ou même la capacité à influencer « le vote juif » et la presse publique d’une façon ou d’une autre. Le ton est celui de maîtres qui savent que les galériens doivent faire ce qu’on leur ordonne parce qu’ils sont enchaînés et ne peuvent s’échapper. Le New York Times, dont j’estime qu’il s’exprime avec autorité au nom du « pouvoir juif » dans le monde, a souvent fait allusion à cette secrète entente, ou capitulation, ou quoi que cela puisse être dans sa nature : par exemple, « En essence, le soutien politique que l’État d’Israël a aux États-Unis rend toute décision antagoniste aux intérêts israéliens impossible à envisager pour une administration américaine » (1956). Si cela fait juste allusion au contrôle de la machine électorale, cela veut dire que la méthode de gouvernement parlementaire par les « élections libres » a été complètement falsifiée. À mon avis, c’est le cas en Occident en ce qui concerne le présent siècle. Cette situation en Occident seul a permis au nouvel État de survivre. Il a été maintenu en vie par des infusions d’argent venu d’Amérique. Commentary (cité plus haut) a déclaré qu’en juin 1953, l’aide totale du gouvernement des États-Unis à Israël s’élevait à $ 293 000 000 avec un supplément de $ 200 000 000 sous forme de prêts bancaires Import-Export. Le représentant du programme d’« assistance technique » du président Truman à Jérusalem déclara (octobre 1952) qu’Israël avait reçu la plus grosse part d’entre tous les pays du monde, proportionnellement à sa population, et plus que tous les États du Moyen-Orient additionnés. Le New York Herald-Tribune (12 mars 1953) dit que le montant total d’argent américain, y compris les prêts et les cadeaux personnels, se monta à « plus de $ 1 000 000 000 durant les cinq premières années de l’existence d’Israël », qui ainsi, ajouta le journal, fut « assurée ». En plus de tout cela, vint le tribut annuel allemand - soutiré par le gouvernement américain - de 520 000 000 livres israéliennes. Je n’ai pu trouver les chiffres officiels pour le total cumulé jusqu’en 1956 ; le délégué syrien aux Nations unies, après l’une des attaques sionistes de cette année, a dit que « depuis 1948, un flot de $ 1 500 000 000 coule des États-Unis jusqu’en Israël sous forme de contributions, de subventions, de bons et de prêts » (même ce chiffre exclue les paiements allemands et autres formes de tributs occidentaux). On n’a jamais vu rien de tel dans le monde auparavant. Un État financé ainsi depuis l’étranger peut bien se permettre (financièrement) d’être belliqueux, et l’attitude menaçante du nouvel État n’a été rendue possible que par cet afflux massif d’argent occidental, principalement américain. Assuré de ce soutien financier sans réserve et d’un soutien politique à Washington qui ne pouvait changer, le nouvel État mit en oeuvre son ambition grandiose : restaurer dans sa pleine puissance, au XXe siècle de notre ère, la « Nouvelle Loi » promulguée par les Lévites dans le Deutéronome en 621 av. J.-C. Tout ce qui viendrait serait « l’accomplissement » de cela ; les Khazars mongols devaient voir que Jéhovah honorerait son contrat, tel que les Lévites l’avaient publié. Et ce qui suivit fut en fait un acompte provisionnel sur cet « accomplissement » ; la vision des « païens » amenant les trésors terrestres à Jérusalem commença à devenir réalité, sous forme d’argent américain, de tribut allemand et du reste. Avec un porte-monnaie ainsi bien rempli, le petit État commença à poursuivre le fantasme d’un « accomplissement » entier et littéral, qui est de voir, au moment de la fin miraculeuse, tous les grands de la terre rabaissés, Sion toute-puissante et tous les juifs « rassemblés ». Il rédigea la charte de ce « rassemblement » : la « loi de la nationalité », qui rendait israéliens tous les résidents juifs de l’État sioniste, et la « loi du retour », qui revendiquait Israël pour tous les juifs partout dans le monde - et dans les deux cas, qu’ils le veuillent ou non.75 Telles étaient les lois qui, telles des fantômes issus des ghettos disparus, alarmèrent M. Zukerman et M. Rosenwald. Elles expriment la plus grande ambition jamais proclamée par aucun État dans l’histoire, et le Premier ministre, un certain M. Ben Gourion de Russie, fut explicite à ce sujet en de nombreuses occasions, par exemple dans son message du 16 juin 1951 aux sionistes d’Amérique : « Une opportunité rare a été donnée à notre organisation pour ouvrir la voie à un mouvement sioniste unificateur et uni qui se tiendra à la tête de la communauté juive américaine, à la grande époque qui s’ouvre au peuple juif avec l’établissement de l’État et le début du rassemblement des exilés à l’intérieur de ce dernier». Le rabbin Hillel Silver, proche collaborateur du président Eisenhower, exprima la satisfaction particulière que « M. Ben Gourion accepte maintenant la vision que les tâches principales du mouvement sioniste, c’est le cas jusqu’à maintenant, incluent le programme complet et non tronqué du sionisme». À New York, en juin 1952, M. Ben Gourion fut plus explicite : « L’État juif n’est pas l’accomplissement du sionisme… Le sionisme englobe tous les juifs en tous lieux». Le second président d’Israël, M. Ben Zvi, lors de son investiture en décembre 1952, dit : « Le rassemblement [en Israël] des exilés demeure toujours notre tâche centrale et nous ne reculerons pas… Notre tâche historique ne sera pas accomplie sans l’assistance de la nation entière en Occident et en Orient». Le monde aurait lancé un concert de protestations si un kaiser ou un Hitler avait dit de telles choses. L’ambition exprimée par des paroles telles que « le programme complet et non tronqué du sionisme » est en fait illimitée, car c’est le programme politique contenu - sous l’apparence d’un contrat avec Jéhovah - dans la Torah : la domination mondiale des « païens », exercée depuis un empire s’étendant du Nil à l’Euphrate. Le soutien des gouvernements occidentaux a amené à la réalité ce qui autrement serait la prétention la plus absurde de toute l’histoire. Que les hommes politiques occidentaux comprissent la pleine signification de ce qu’ils faisaient sembla impossible jusqu’en 1953, lorsqu’une déclaration fut faite qui sous-entendait cette pleine compréhension. En mai 1953, M. Winston Churchill, alors Premier ministre britannique, se disputait avec le Premier ministre égyptien à propos du canal de Suez et le menaça, non pas de châtiment britannique mais de châtiment juif. Il parla, au Parlement, de l’armée israélienne comme de « la meilleure du Levant » et dit que « rien de ce que nous ferons dans l’approvisionnement en avions de cette partie du monde ne permettra qu’Israël soit placée en position désavantageuse ». Puis il ajouta, dans des termes très analogues à ceux de M. Ben Gourion et du rabbin Hillel Silver, qu’il « attendait l’accomplissement des aspirations sionistes». En aparté, voilà probablement l’engagement le plus grand jamais pris par un chef de gouvernement au nom d’une nation peu soupçonneuse. Le Parlement israélien fit immédiatement part de sa satisfaction concernant « l’attitude amicale de M. Churchill envers le gouvernement israélien actuellement, et envers le mouvement sioniste durant toute son existence ». Le public d’Angleterre lut ces mots sans comprendre, si jamais il les lut. Ils stupéfièrent de nombreux juifs, parmi lesquels même M. A. Abrahams, qui en révisionniste au long cours aurait pu, logiquement, être ravi (les révisionnistes poursuivent ouvertement l’ambition de feu M. Jabotinsky d’« un grand État juif sur les deux rives du Jourdain, pour y inclure tous les juifs et pour devenir la plus grande puissance militaire du Proche-Orient » - M. William Zukerman). M. Abrahams demanda avec étonnement, et même avec un soupçon d’inquiétude, si les paroles de M. Churchill étaient vraiment sincères, disant : « Le Premier ministre est un vieil étudiant de la Bible ; il sait très bien que les aspirations sionistes demeure[rero]nt inaccomplies jusqu’à ce qu’Israël soit pleinement rétablie à l’intérieur des frontières historiques, la terre des Dix Tribus». Cette « aspiration », bien-sûr, ne peut être « accomplie » sans guerre universelle, et c’est manifestement la raison pour laquelle M. Abrahams fut interloqué, et presque atterré. Les paroles de M. Churchill, si elles étaient réfléchies et délibérément intentionnées, signifiaient le soutien à l’ambition grandiose dans toute sa littéralité, et le prix ultime de cela ne pouvait être que l’extinction de « l’Occident » tel qu’on l’a toujours connu.76 L’événement du 30 octobre 1956 (bien qu’il fut ordonné par l’héritier désigné de Sir Winston) semble montrer que les paroles de M. Churchill au mois de mai 1953, avec tout ce qu’elles présageaient pour son pays, étaient prononcées sérieusement. Si l’Occident, tel que ces paroles le laissaient à entendre, était secrètement employé à « l’accomplissement [inconditionnel] des aspirations sionistes », cela pouvait seulement signifier une guerre plus importante que l’Occident ait encore jamais subie, dans laquelle ses armées joueraient le rôle de pions dans un jeu désastreux, dans le but de diviser les peuples chrétiens, d’écraser les peuples musulmans, d’installer l’empire sioniste, et ensuite de servir de janissaires à ce dernier. Dans ce grand jeu risqué, on attendrait des juifs partout dans le monde, de quelque côté de l’apparente ligne de combat qu’ils se trouvassent, qu’ils agissent dans l’intérêt primordial de Sion, selon la « loi du retour ». On peut avoir une idée de ce que cela pouvait signifier dans un article publié dans le Jewish Herald de Johannesburg le 10 novembre 1950, à propos d’un épisode secret de la Seconde Guerre. Selon cet article, quand la production d’armes atomiques démarra, « une proposition fut faite au Dr Weizmann de rassembler quelques-uns des scientifiques juifs les plus éminents afin d’établir une équipe qui négocierait avec les alliés dans l’intérêt de la communauté juive… J’ai vu le projet dessiné dans ses grandes lignes et soumis au Dr Weizmann par un scientifique qui avait lui-même atteint une certaine renommée dans le domaine de l’invention militaire ». La menace est claire, avec de telles paroles. Quant à « l’accomplissement des aspirations sionistes », par ces moyens ou d’autres, le Dr Nahum Goldman, leader de l’Organisation sioniste Mondiale, fit une déclaration significative devant une audience juive à Johannesburg en août 1950. Décrivant une interview avec M. Ernest Bevin, alors ministre des Affaires étrangères, le Dr Goldman dit : « Ce minuscule pays (Israël) est un pays vraiment unique, sa position géographique est unique. Du temps où M. Bevin tentait d’obtenir l’État juif avec le consentement du gouvernement britannique, et au cours de l’une des discussions privées que j’eus avec lui, il dit : « Est-ce que vous savez ce que vous êtes en train de me demander ? Vous êtes en train de me demander de vous donner la clé de l’une des régions les plus vitales et stratégiques au monde. » Et j’ai répondu : « Il n’est écrit ni dans le Nouveau ni dans l’Ancien Testament que c’est la Grande- Bretagne qui doit avoir cette clé ». M. Churchill, si ses paroles étaient pleinement intentionnelles, était apparemment prêt à tendre la clé, et après la mort de M. Bevin, tous les autres à Washington et Londres semblaient tout aussi prêts. Les effets sont déjà clairement visibles et prévisibles, et ces effets ne peuvent plus être excusés par le hasard. Ici, un grand projet s’avance clairement vers son accomplissement ou son fiasco, avec les grandes nations d’Occident faisant office d’escorte armée et elles-mêmes assurées d’être humiliées si ce projet réussit ; elles ressemblent à un homme qui prend un travail à la condition que son salaire baissera si l’entreprise prospère. À chacune de ses étapes de mauvais augure, cette aventure a été discutée en tant que projet parmi les initiés. J’ai précédemment cité les paroles de Max Nordau au sixième Congrès sioniste de 1903 : « Laissez-moi vous montrer les barreaux d’une échelle qui mène toujours plus haut… la prochaine guerre mondiale, la conférence de paix où, avec l’aide de l’Angleterre, une Palestine libre et juive sera construite.» Vingt-cinq ans plus tard, un sioniste important en Angleterre, Lord Melchett, parla sur le même ton de la connaissance secrète aux sionistes de New York : « Si je m’étais tenu là en 1913 et que je vous avais dit « Venez à une conférence pour discuter de la reconstruction d’un foyer national en Palestine », vous m’auriez regardé comme un rêveur oisif, même si je vous avais dit en 1913 que l’archiduc d’Autriche serait tué et que de tout ce qui suivrait viendrait la chance, l’opportunité, l’occasion d’établir un foyer national pour les juifs, en Palestine. Ne vous êtes vous jamais dit combien il était remarquable que du bain du sang mondial, cette opportunité soit née ? Croyez-vous vraiment que nous ayons été ramenés en Israël par un simple coup de chance ? » (Jewish Chronicle, 9 novembre 1928). Aujourd’hui, la Troisième Guerre mondiale, si elle arrive, ne sera de toute évidence pas un « coup de chance » ; la succession de causes menant aux conséquences, et l’identité du pouvoir contrôlant, ont été rendues visibles par l’écoulement fluide du temps. Trente et un ans après la déclaration impériale de Lord Melchett, je me trouvais par hasard (février 1956) en Caroline du Nord, et seulement grâce à ce hasard - et le journal local - j’ai été mis au courant d’un commentaire dans la même veine, apparemment inspiré d’une source olympienne similaire, à propos de la troisième guerre. M. Randolf Churchill, le fils de Sir Winston, était à cette période en visite chez l’ami de sa famille, M. Bernard Baruch, dont la résidence est la baronnie de Little Hobcaw en Caroline du Sud. En sortant de son entrevue avec cette autorité, M. Randolph Churchill déclara (Associated Press, 8 fév. 1956) que « la situation tendue du Moyen-Orient pourrait éclater en conflit armé à tout moment. Mais je ne pense pas que la civilisation va aller en trébuchant vers la prochaine guerre… La Troisième Guerre mondiale, si elle arrive, sera froidement calculée et planifiée plutôt qu’accidentelle ». En arrière plan de « l’accomplissement » (le paiement du tribut par les grandes nations du monde et la déclaration que tous les juifs du monde étaient ses sujets), le nouvel État donna la garantie de son intention de rétablir les « frontières historiques » par la parole et l’acte. Aucun « belliciste » occidental n’utilisa jamais de tels termes. M. Ben Gourion proclama (Johannesburg, Jewish Herald, 24 déc. 1952) qu’Israël « ne permettrait sous aucune condition le retour des émigrants arabes » (les habitants d’origine). Quant à Jérusalem (divisée entre les sionistes et les Jordaniens pendant « l’internationalisation » sous l’administration des Nations unies), « pour nous, l’avenir de cette ville est aussi fixé que celui de Londres, en dépit de ses frontières ridicules ; ce ne peut être un problème pour les négociations ». Les « exilés » à l’étranger devaient être « rassemblés » au rythme de « quatre millions d’immigrants les dix prochaines années » (le ministre des Affaires étrangères, M. Moshé Sharett, juin 1952) ou « dans les dix à quinze prochaines années » (déclara-t-il à une autre occasion). Deux guerres mondiales avaient été nécessaires pour mettre en place « le foyer national » et l’« État », successivement, et pour y faire entrer quelque 1 500 000 juifs. Ces indices signifiaient une autre guerre mondiale dans les quinze ans au plus tard, car par aucun autre moyen autant de juifs ne pouvaient être arrachés aux pays où ils vivaient. Quant au coût de leur transfert, M. Ben Gourion dit que cela coûterait entre 7000 et 8000 millions de dollars (aux taux actuels, équivalant à la totalité de la dette nationale italienne, et environ cinq fois la dette nationale britannique en 1914) et il se « tournait vers la communauté juive américaine pour fournir cet argent ». De toute évidence, même la communauté juive américaine ne pouvait trouver pareilles sommes ; elles ne pouvaient être obtenues que des contribuables occidentaux. Tout ce qui était dit était donc une menace de guerre aux Arabes voisins, et cela avait un sens spécial quand c’était dit (et cela le fut souvent) par M. Menahem Begin, chef du groupe d’« activistes », ou de tueurs, qui avait perpétré le massacre de Deir Yassin. Officiellement désavoués à l’époque, ils avaient été honorés dans le nouvel État et avaient formé un parti politique majeur, le Hérout, à son Parlement . Par conséquent, les Arabes savaient exactement de quoi ils étaient menacés quand M. Begin leur parlait. Je vais donner un exemple typique. En mai 1953, il menaça le Roi de Jordanie, âgé de 18 ans au moment de son couronnement, de mort sous la Loi du Deutéronome (qui guida l’acte de Deir Yassin). Prenant la parole lors d’un rassemblement de masse dans la partie sioniste de Jérusalem, à un jet de pierres des frontières jordaniennes, M. Begin dit : « À cette heure, un couronnement est en train d’avoir lieu, celui d’un jeune Arabe, en tant que Roi de Gilead, Bashân, Naplouse, Jéricho et Jérusalem. Le moment est approprié pour déclarer à ses oreilles et à celles de ses maîtres : « Nous reviendrons, et la ville de David sera libérée".» L’allusion, obscure pour les lecteurs occidentaux et explicite pour n’importe quel Arabe ou Juif, se réfère à un verset du troisième chapitre du Deutéronome: « Le Roi de Bashân sortit se battre contre nous… Et l’Éternel me dit, Ne le crains pas : car je le livre entre tes mains, lui et tout son peuple, et son pays… Et l’Éternel, notre Dieu, livra encore entre nos mains Og, roi de Bashân, avec tout son peuple ; nous le battîmes, sans laisser échapper aucun de ses gens… Et nous les détruisîmes totalement… détruisant totalement les hommes, les femmes et les enfants». Ces menaces eurent une signification fatale pour les foules de fugitifs arabes rassemblées au-delà des frontières. Selon le récit de M. Henry R. Labouisse - Directeur de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine - en avril 1956, il y avait plus de 900 000 [réfugiés arabes] : 499 000 en Jordanie, 88 000 en Syrie, 103 000 au Liban et 21 000 en Égypte (dans la région de Gaza). Les menaces de M. Begin les maintinrent dans la perspective constante d’une nouvelle fuite, ou tentative de fuite, dans un désert plus reculé, toujours plus inhospitalier. Puis les paroles furent concrétisées par les actes ; une longue série de raids et de massacres locaux symboliques furent perpétrés, pour leur montrer que le sort de Deir Yassin leur pendait vraiment au nez. Cela commença le 14 octobre 1953, quand une force puissante traversa soudainement la frontière jordanienne, assassina chaque être vivant à Qibya et détruit ce village ; soixante-six victimes, la plupart des femmes et des enfants, retrouvés massacrés. Les 499 000 Arabes réfugiés en Jordanie en tirèrent les conclusions naturelles. L’archevêque de York dit que le monde civilisé était « horrifié », que « le vote juif à New York avait un effet paralysant sur les Nations unies dans son traitement de la Palestine », et qu’à moins que des mesures énergiques ne soient prises, « le Moyen-Orient s’embrasera ». Le Conseil des députés des juifs britanniques qualifia cette déclaration de « provocatrice et [de] partiale » ; le maire de New York (un certain M. Robert Wagner) dit qu’il était « choqué », et que « le bon archevêque ne connaît manifestement pas bien la scène américaine ». Les Nations unies condamnèrent timidement Israël. Le 28 février 1955, une force puissante israélienne pénétra dans la région de Gaza (« accordée » aux Arabes par les Nations unies en 1949, et sous occupation miliaire égyptienne) où 215 000 réfugiés arabes se lamentaient « dans une misère noire le long d’une bande étroite de littoral aride, aux deux-tiers des dunes de sable » (Sir Thomas Rapp, The Listener, 6 mars 1955). 39 Égyptiens furent tués ainsi qu’un nombre non précisé de réfugiés arabes, qui alors, en signe de protestation désespérée contre leur sort, brûlèrent cinq centres de secours des Nations unies, et avec eux leurs propres maigres rations. La Commisssion mixte d’armistice condamna Israël pour « agression brutale » dans « une attaque préparée à l’avance et planifiée ».77 L’affaire fut ensuite portée au Conseil de sécurité des Nations unies lui-même, qui par vote unanime de onze pays condamna Israël. Le délégué des États-Unis dit que c’était le quatrième cas similaire et « le plus grave à cause de son évidente préméditation » ; le délégué français dit que la résolution devrait servir de « dernier avertissement » à Israël (un avertissement qui reçut un post-scriptum sous forme de complicité française dans l’attaque israélienne de l’Égypte vingt mois plus tard). Le 8 juin 1955, l’U.N.M.A.C. condamna Israël pour une autre « violation flagrante de l’armistice » quand les troupes israéliennes traversèrent Gaza et tuèrent plusieurs Égyptiens. La seule conséquence apparente de cette condamnation fut que les Israéliens arrêtèrent aussitôt six observateurs militaires des Nations unies et trois autres membres de l’équipe du chargé de surveillance de la trêve aux Nations unies (le général de division E.L.M. Burns, du Canada) avant d’attaquer à nouveau dans Gaza, tuant 35 Égyptiens (Time, septembre 1955). Le même mois de septembre 1955, dans une interview, M. Ben Gourion dit qu’il attaquerait l’Égypte « d’ici un an » (l’attaque se produisit en octobre 1956) si le blocus du port israélien d’Eilat sur le golfe d’Aqaba n’était pas levé. Le Conseil de sécurité des Nations unies semblait appréhender de « condamner » cette nouvelle attaque (la campagne pour les élections présidentielles américaines venait de commencer) et proposa simplement que les Israéliens et les Égyptiens se replient de 500 mètres chacun, laissant une zone démilitarisée - une proposition que les Égyptiens avaient déjà faite en vain. Puis, le 23 octobre 1955, le général Burns « condamna Israël » pour une « attaque bien planifiée » en Syrie, où plusieurs Syriens furent kidnappés et les observateurs du général Burns furent à nouveau empêchés, de par leur détention, d’observer ce qui se passait. Le 27 octobre 1955, M. Moshé Sharett, le ministre des Affaires étrangères, dit à des correspondants de presse à Genève qu’Israël mènerait une « guerre préventive » contre les Arabes si cela était nécessaire. Le 28 novembre 1955, l’Organisation sioniste d’Amérique annonça dans les journaux importants (par publicité payante) que « la Grande-Bretagne, elle aussi, a rejoint le camp des ennemis d’Israël » ; Sir Anthony Eden, qui dans l’année devait se joindre à l’attaque israélienne, eut à ce moment l’idée d’apporter des rectifications mineures aux frontières. Le 11 décembre 1955, les Israéliens attaquèrent la Syrie en force et tuèrent 56 personnes. Cela déclencha la « condamnation » la plus forte des Nations unies, qui comporte un intérêt historique parce que l’année de l’élection présidentielle était commencée et la « condamnation » pour quelque motif que ce soit devint bientôt indésirable. Le délégué syrien fit remarquer que des condamnations répétées « n’ont pas dissuadé Israël de commettre l’attaque criminelle que nous examinons actuellement ». Le Conseil de sécurité (12 juin 1956) rappela quatre résolutions antérieures de condamnation et condamna l’attaque en tant que « violation flagrante… des termes de l’accord d’armistice général entre Israël et la Syrie et des obligations d’Israël selon la Charte » et entreprit de « considérer quelles mesures supplémentaires » il devrait prendre si Israël continuait à se conduire ainsi. La réponse à cela fut qu’Israël demanda impérieusement d’obtenir plus d’armes. M. Ben Gourion (à Tel Aviv, le 18 mars 1956) dit que seul la remise rapide d’armes pourrait empêcher « une attaque arabe » et ajouta que « les agresseurs seraient le dictateur égyptien Nasser » (sept mois plus tôt, M. Ben Gourion avait entrepris d’attaquer l’Éypte « d’ici un an ») « et ses alliés, la Syrie et l’Arabie Saoudite ». Le 5 avril 1956, alors que le Conseil de sécurité des Nations unies était sur le point d’envoyer son secrétaire général, M. Dag Hammarskjold, en « mission de paix » au Moyen-Orient, l’artillerie israélienne bombarda la région de Gaza, tuant 42 et blessant 103 civils arabes, pratiquement la moitié étant des femmes et des enfants. Le 19 juin, M. Ben Gourion renvoya M. Sharett du ministère des Affaires étrangères en faveur de Mme Golda Meirson (maintenant Meir, et venant également de Russie) et le New York Times rapporta de manière significative que cela pourrait dénoter le passage de la « modération » à l’« activisme » (M. Sharett, comme le Dr Weizmann et le Dr Herzl avant lui, s’étant attiré le reproche d’être modéré). Le problème en question était celui qui mena à la déconvenue du Dr Weizmann au Congrès sioniste de 1946, où « l’activisme » l’emporta et le Dr Weizmann vit la résurgence du « mal ancien, sous une forme nouvelle et horrible ». « L’activisme » fut toujours, depuis l’ancien temps en Russie, un euphémisme pour la violence sous forme de terreur et d’assassinat. Dès le moment où ce mot réapparut dans les journaux, l’étudiant du sionisme sut à quoi s’attendre avant la fin de l’année. Le 24 juin 1956, les Israéliens ouvrirent le feu au-delà de la frontière jordanienne et l’U.N.M.A.C. condamna Israël. Là-dessus, Israël insista sur le retrait du Membre de la Commission des Nations unies (un officier naval américain, le commandant Terrill), dont la voix prépondérante avait décidé de la question, et le général Burns se soumit - le remplaçant par un officier canadien. Les observateurs de l’ONU étaient mis dans la même position que les administrateurs britanniques des années de l’entre-deux guerres ; ils ne pouvaient compter sur le soutien de leurs gouvernements d’origine. Ils avaient constamment le rappel sous les yeux (le village Wingate en Israël) que l’avancement et la promotion, en Palestine, étaient les récompenses pour la trahison, et non le devoir. Deux ans plus tôt, un autre observateur américain, le commandant E.H. Hutchinson, avait voté contre la condamnation de la Jordanie et avait été destitué lorsque les Israéliens avaient, suite à cela, boycotté la Commission. De retour en Amérique, il écrivit un livre sur cette période au Moyen-Orient, livre dont la valeur historique est permanente. Comme tous les honnêtes hommes avant lui, il rapporta que la seule façon de sortir de cette confusion était d’établir le droit des Arabes expulsés à revenir chez eux, d’admettre que les lignes de démarcation de l’armistice de 1949 n’étaient que provisoires (et non des « frontières »), et d’internationaliser la ville de Jérusalem afin qu’elle ne devienne pas la scène d’une bataille mondiale. Le 24 juillet 1956, deux observateurs militaires de l’ONU et un officier jordanien du M.A.C. (Military Armistice Commission - NdT) furent soufflés par des mines sur le Mont Scopus qui, expliquèrent platement les sionistes, faisaient partie d’« un vieux champ de mines israélien ». Deux colonels égyptiens, qui selon selon les sionistes faisaient partie des services de renseignements égyptiens, furent tués par des « lettres piégées » reçues par la poste (cette méthode avait été utilisée dix ans plus tôt contre un officier britannique en Angleterre, le capitaine Roy Farran, qui avait servi dans les renseignements en Palestine et s’était attiré l’hostilité des sionistes ; son frère, dont l’initiale du prénom était aussi un R., ouvrit le colis et fut tué). Le 29 juillet 1956, un observateur de la trêve à l’ONU, un Danois, fut tué par une mine ou une bombe près de la bande de Gaza et deux autres personnes furent blessées par des tirs au fusil. « L’activisme » commençait à faire des victimes par la méthode des assassinats, comme aux époques précédentes. Le 28 août 1956, Israël fut à nouveau condamnée par le M.A.C. pour « violation grave de l’armistice ». La condamnation fut suivie d’une autre attaque israélienne (12 sept.), où une force militaire puissante pénétra en Jordanie, tua quelque vingt Jordaniens et fit exploser un poste de police à Al-Rahwa. Le général Burns protesta que de tels actes « ont été condamnés à plusieurs reprises par le Conseil de sécurité des Nations unies », sur quoi immédiatement après (14 sept.), une autre force puissante attaqua la Jordanie, tuant entre vingt et trente Jordaniens à Gharandai. Le ministère des Affaires étrangères britannique (la Grande-Bretagne avait une alliance avec la Jordanie) exprima son « fort mécontentement », sur quoi le Conseil des députés des juifs britanniques l’attaqua pour cette « déclaration tendancieuse ». Le 19 septembre, le M.A.C. « condamna » à nouveau Israël pour des « actes hostiles et belliqueux » (ces deux attaques furent menées apparemment dans une intention symbolique, le moment choisi étant durant la période du Nouvel An juif), et le 26 septembre, la Commission « condamna » Israël expressément pour l’attaque du 12 septembre. La réponse immédiate à cette condamnation particulière fut une annonce officielle à Jérusalem, le même jour (26 sept.), comme quoi la plus grosse attaque jusqu’à ce jour avait été menée par l’armée régulière israélienne, en force, envers un poste jordanien à Husan, où quelque 25 Jordaniens avaient été tués, parmi lesquels un enfant de douze ans. Le M.A.C. répondit (4 oct.) par sa « condamnation » la plus sévère, pour une « agression planifiée sans provocation ». La réplique fut une autre attaque (10 oct.), plus grosse, avec de l’artillerie, des mortiers, des bazookas, des torpilles Bangalore et des grenades. Par la suite, les observateurs de l’ONU découvrirent les corps de 48 Arabes, dont une femme et un enfant. Il semble qu’un bataillon blindé et dix jets prirent part à ce massacre, qui suscita une déclaration britannique comme quoi si la Jordanie, son allié, était attaquée, la Grande-Bretagne remplirait ses engagements. Le gouvernement israélien dit qu’il reçut cet avertissement « avec inquiétude et stupéfaction ».78 L’attaque du 26 septembre fut la dernière de la série qui remplit les années 1953-1956 ; la prochaine devait être une guerre généralisée. J’ai résumé la liste des raids et massacres pour donner au futur lecteur la véritable image du Moyen-Orient à l’automne 1956, lorsque M. Ben Gourion déclara qu’Israël était « sans défenses » et les politiciens de Washington et de Londres rivalisaient entre eux dans l’exigence qu’Israël reçoive des armes pour parer « l’agression arabe ». Si la pile entassée des résolutions qui à cette époque étaient étalées sur la table des Nations unies, « condamnant » « l’agression sans provocation » d’Israël, la « violation flagrante » et tutti quanti, avait signifié quoi que ce soit, cette dernière attaque, ouvertement annoncée pendant qu’elle avait lieu, jetée avec mépris à la tête de la dernière « condamnation », aurait dû produire quelque action contre Israël par les Nations unies, ou bien l’admission implicite qu’Israël était son maître. La question ne fut jamais examinée, car avant même que l’appel79 de la Jordanie au Conseil de sécurité des Nations unies ne soit examiné, l’attaque de l’Égypte eut lieu. Elle avait été annoncée, pour quiconque faisait attention, au moment même de l’attaque de la Jordanie, car M. Menahem Begin, à Tel Aviv, « insistait sur une attaque israélienne immédiate de l’Égypte » (Daily Telegraph, 26 sept. 1956). M. Begin était la voix de « l’activisme » et il dit que tous ceux qui avaient regardé la situation évoluer savaient ce qui viendrait ensuite : une invasion sioniste totale de l’Égypte. Au cours de cet événement, la « pression irrésistible » de la « politique internationale » dans les capitales occidentales produisit un résultat, dont les pleines conséquences seront calculables uniquement lorsque de nombreuses années auront passé. Par conséquent, la dernière partie de ce chapitre et livre doit à nouveau passer en revue les mécanismes de la « pression irrésistible » à l’oeuvre dans les coulisses occidentales, cette fois lors de la phase du climatère proche - les années 1952-1956. À la fin de cette phase, le communisme révolutionnaire et le sionisme révolutionnaire, les forces destructrices jumelles libérées des régions talmudiques de Russie au siècle dernier, étaient moribondes. Par l’acte de l’Occident, à l’automne 1956, elles bénéficièrent toutes deux d’un sursis pour davantage de destruction. 79
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